La folie des « SPACs »

La perspective de s’enrichir rapidement a attiré toutes sortes de nouveaux joueurs dans le marché des « SPACs » comme des gestionnaires de fonds de couverture, d’anciens banquiers, et des dirigeants sportifs.
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En juin 2020, un groupe d’investisseurs dirigé par l’ancien banquier Michael Klein a récolté plus de 60 millions de dollars grâce à un investissement initial de seulement 25 000 dollars! Cet exploit, réalisé en l’espace de 2 ans, aide à expliquer pourquoi les « SPACs » sont devenus une tendance très populaire sur Wall Street. Rares sont ceux qui ont pu reproduire le succès de M. Klein, obtenu après avoir utilisé un « SPAC » pour amener la société de données Clarivate Analytics publique en 2019. 

La perspective de s’enrichir rapidement a attiré toutes sortes de nouveaux joueurs dans le marché des « SPACs » comme des gestionnaires de fonds de couverture, pensez à Bill Ackman, d’anciens banquiers, pensez à Gary Cohn, et des dirigeants sportifs, pensez à Billy Beane!

Mais est-ce une bonne idée de participer à cette nouvelle mode? Dans cet article, j’explique comment fonctionnent les « SPACs » et je démontre qu’il serait plus sage de les éviter.

Qu’est-ce qu’un « SPAC »?

Un « SPAC », acronyme pour « Special Purpose Acquisition Company », est en quelque sorte une coquille vide cotée en bourse dans laquelle on y a déposé de l’argent… beaucoup d’argent. Le montant déposé est habituellement d’au moins 100 millions de dollars. Cette coquille cherche à fusionner avec une entreprise privée et ainsi la rendre publique. Il faut voir les « SPACs » comme une entrée en bourse déguisée. Sauf que, contrairement à une entrée en bourse traditionnelle (« IPO »), un « SPAC » ne nécessite pas autant de promotion, il n’y a pas de souscripteur et les documents de la Securities and Exchange Commission (l’équivalent de l’AMF aux États-Unis) sont loin d’être aussi volumineux. Autrement dit, ils sont beaucoup moins règlementés.

Qui s’occupe de trouver l’entreprise à acheter?

Les plus grands gagnants d’un « SPAC » sont les fondateurs, également appelés promoteurs. En échange d’organiser l’entrée en bourse et de trouver l’entreprise à acheter, ils obtiennent généralement 20% des actions du « SPAC » et ce, presque gratuitement. Et puisqu’ils n’ont presque pas injecté d’argent eux-mêmes, ils ont intérêt à prendre énormément de risque!

Ceux-ci s’engagent, avec l’argent amassé, à acheter une entreprise habituellement à l’intérieur de 2 ans. La plupart des « SPACs » seront émis sur le marché à 10$ par action puisque leur valeur de départ correspond au montant d’argent dans le « SPAC » divisé par le nombre d’actions en circulation. 

Exemple: Un « SPAC » qui reçoit 100M$ et distribue 10M d’actions d’une valeur de 10$.

Si un « SPAC » se négocie au-dessus de 10$ avant d’avoir trouvé l’entreprise avec laquelle il fusionnera est fort probablement surévaluée. Puisque le « SPAC » n’a pas encore d’opération, cela signifie que les gens sont uniquement en train de parier sur le promoteur et sa capacité à trouver une bonne transaction.

Qu’est-ce qui arrive quand le « SPAC » achète une entreprise?

  1. Les deux entités fusionnent pour en former une nouvelle et donc l’argent qui se trouve à l’intérieur du « SPAC » se retrouve dans l’entreprise achetée. 
  2. Au moment de la fusion, les actionnaires du SPAC reçoivent des actions de la nouvelle entité. 
  3. Normalement, le symbole en bourse du « SPAC » ainsi que son nom changent pour prendre le nom de la compagnie achetée. Un exemple récent au Québec serait les Autobus Lion, qui ont été achetés par le « SPAC » Northern Genesis Acquisition Corp. La nouvelle compagnie formée se nommera Lion Electric et changera de symbole en bourse, passant de NGA, à LEV.

Est-ce qu’on devrait investir dans un SPAC?

Il est déjà assez difficile d’analyser les opérations d’une entreprise qu’on connaît et de prendre une décision d’investissement. Dans le cas d’un « SPAC », où nous ne savons même pas quelle entreprise sera achetée, il y a plus d’inconnus, que de connu. Il faut toujours accepter une part d’inconnu en investissement, mais plus cette part est grande, plus ça ressemble à de la spéculation qu’à de l’investissement. 

Les « SPACs » ont tendance à investir dans des secteurs à la mode et dans les hautes technologies, car ils peuvent justifier beaucoup de croissances quand il n’y a pas ou peu d’historiques. C’est ce que nous avons vu dans la dernière année avec plusieurs nouvelles entreprises achetées par des « SPACs » dans les secteurs des voitures électriques, de voyage dans l’espace, de la cryptomonnaie, etc.

Étude de Renaissance Capital

En conclusion, une étude sur les « SPACs » de Renaissance Capital mentionne que :

En moyenne, les « SPACs » ne sont pas un bon investissement. Quelques-uns ont beaucoup de succès, mais la plupart échouent à créer de la valeur pour leurs actionnaires. 

Selon Renaissance Capital, sur les 313 « SPACs » observés entre janvier 2015 et septembre 2020 :

  • Seulement 93 ont acheté une entreprise et l’ont amenée publique. Ceux-ci ont généré en moyenne une perte de 10%;
  • Et seulement 29 ont obtenu des rendements positifs. 

Cela ne veut pas dire que les « SPACs » ne peuvent pas être de bons investissements. Mais maintenant que vous avez plus de clarté quant à leur fonctionnement – et leurs taux de réussite globaux – vous êtes mieux équipés pour prendre une décision.

Auteur

Auteur

  • Maxime détient une maîtrise en finance de l‘Université de Sherbrooke et est détenteur de la charte CFA depuis 2019. Il s’est joint à l’équipe de Claret en 2016 à titre d’analyste en placement junior et a été promu au poste de gestionnaire de portefeuille en 2019.

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