Votre portefeuille est-il aussi conservateur que vous le pensez ?

Auparavant, la partie revenus fixes de votre portefeuille répondait aux 3 objectifs suivants :

  • Sécuriser et protéger votre capital;
  • Générer du revenu;
  • Diversifier votre portefeuille avec un actif qui est inversement corrélé aux actions. En d’autres mots, quand les actions baissent, les obligations montent, quand les actions montent, les obligations reculent.

Mais qu’en est-il de la situation actuelle dans le monde des obligations ?

Disons que leurs bonnes années sont derrière elles! Les portefeuilles obligataires standards n’offrent dorénavant qu’un rendement courant anémique et ils sont truffés de risques de chute. Comme le proverbe le dit : « Un couteau sans lame auquel manque le manche » pour répondre aux objectifs traditionnels.   

Tout d’abord, il faut se rappeler que les prix des obligations fluctuent inversement à la direction des taux d’intérêt comme j’expliquais dans ma dernière vidéo. Lorsque les taux montent, le prix des obligations baisse et vice versa. Donc, puisqu’au cours des quarante dernières années, les taux d’intérêt ont baissé de 18 % jusqu’à près de 0% , elles ont été soufflées par un solide vent de dos et cela leur a permis d’agir comme un couteau suisse dans les portefeuilles et de remplir plusieurs objectifs.

Maintenant que les taux d’intérêt sont à un plancher historique et qu’il y a de fortes chances qu’ils remontent, si ce n’est que pour permettre de combler l’inflation, investir en obligations se fait avec une épée de Damoclès au-dessus du portefeuille ! Qui dit taux à la hausse, dit recul du prix des obligations. On ne peut donc plus prétendre qu’ils respectent les objectifs de protection de capital, de revenu, ni de corrélation inverse (fluctuation en direction inverse).

La fluctuation des obligations : comment ça fonctionne? 

Nous avons déjà expliqué que les prix des obligations baissent quand les taux montent, question de refléter la perte d’opportunité d’investir au nouveau taux plus élevé. D’ailleurs, il est facile de calculer la fluctuation du prix des obligations quand on connaît la fluctuation des taux d’intérêt. Il s’agit de connaître le concept de duration qui se résume grossièrement par la durée moyenne des flux financiers d’une obligation. Pour calculer la chute du prix d’une obligation détenue dans le cas où les taux se mettent à monter, il suffit de multiplier le nombre d’années en duration (qui ressemble à la durée de celle-ci) par l’inverse du changement de taux… Rien de mieux qu’un exemple pour comprendre !  

  • Si une obligation a une durée de 2 ans et que les taux montent de 1 % ? Son prix va reculer de 2% 
  • Si une obligation a une durée de 2 ans et que les taux montent de 2 % ? Son prix va reculer de 4%  
  • Si une obligation a une durée de 10 ans et que les taux montent de 2 % ? Son prix va reculer de 20% 

Cette gymnastique mathématique est facilement applicable à la portion obligataire de votre portefeuille. 

Au Canada, le canevas qui sert de recette pour bâtir un fonds d’obligation est l’indice obligataire Canada Universe. Les fonds des grandes institutions financières sont presque tous bâtis sur cette charpente. On peut donc utiliser les caractéristiques de cet indice obligataire canadien pour dresser un portrait-robot de la portion à revenus fixes de ceux qui investissent par l’entremise de paniers obligataires, de fonds mutuels standards ou de fonds négociés en bourse. 

L’indice obligataire Canada Universe a une duration d’environ 7 années. Vous comprendrez donc qu’une hausse des taux de 1% se traduirait par une perte éventuelle de 7%. Une hausse de 2% provoquera une chute de 14% et ainsi de suite. Bye bye, objectif de protection du capital pour les fonds bâtis avec cette charpente. Si tel est votre objectif, vous devez plutôt opter pour un CPG (certificat de placement garanti) ou des titres de marchés monétaires. En revanche, il vous sera difficile de générer du revenu avec ce type d’investissement. 

Puisque l’indice Canada Universe a un rendement à maturité d’environ 1.75%, on comprend donc pourquoi le revenu brut de la plupart des fonds mutuels obligataires des grandes institutions est anémique. De plus, l’investisseur doit y retrancher les frais de gestion, les frais d’administration et les taxes pour connaître son rendement moyen à maturité. Il est donc difficile de prétendre générer du revenu à partir de ceux-ci ! Si vous privilégiez l’objectif de générer du revenu, une option serait de vous tourner vers les actions privilégiées, les débentures corporatives ou un portefeuille de revenus fixes sans contraintes.

Si l’on cherche à ajouter le concept de corrélation inverse, qui se traduit par des titres qui montent lorsque les actions baissent, nous craignons que ceci doive donc être placé aux oubliettes! On peut facilement entrevoir une chute des prix des obligations de concert avec un recul des actions. Pensez à un regain vigoureux de l’inflation par exemple.

Devons-nous donc éliminer les titres à revenus fixes de nos portefeuilles ?

Bien que vous ne trouviez plus de titres à revenus fixes qui remplissent les trois objectifs simultanément comme auparavant, il n’en demeure pas moins que la portion à revenus fixes conserve sa grande importance. Pour faire un parallèle, ce n’est pas parce que les routes sont envahies de nids de poule que notre besoin de les emprunter disparaît !

Tel qu’élaboré dans une vidéo précédente, il est plus facile de générer de bons chiffres de performance quand les taux baissent. Cela étant dit, lorsque les taux ne baissent plus, les investisseurs peuvent tout de même réussir à tirer leur épingle du jeu. Il faut, en revanche, sortir des sentiers battus. 

Comment bâtir un portefeuille de revenus fixes lorsque les taux sont bas ?

La première règle à suivre aujourd’hui est de raccourcir ses échéances. Il faut éviter d’acheter des obligations à très long terme puisque plus elles ont une duration (durée) importante, plus elles seront affectées par une hausse éventuelle des taux. 

Lorsqu’on achète des obligations de gouvernements, on peut essayer de choisir des échéances qui concordent avec là où la courbe des taux est la plus abrupte. Expliquons! On sait que les taux d’intérêt sont généralement plus élevés quand la maturité est plus grande. Lorsqu’on trace un graphique qui montre la relation avec les taux d’intérêt et les maturités, on remarque une courbe qui ressemble normalement à une pente à glisser. 

Habituellement, on peut trouver un endroit où la pente est plus abrupte. Cet endroit de la courbe montre donc là où l’on peut avoir la plus grande augmentation de rendement en augmentant le terme de l’investissement. Cette stratégie se nomme roll down the curve en anglais et l’on peut la traduire en « débouler la courbe des taux ». Cette stratégie permet à l’investisseur d’utiliser le temps qui passe pour amoindrir l’impact d’une hausse éventuelle des taux sur la valeur d’une obligation. 

Prenons par exemple une situation où la courbe des taux affiche 3% pour une échéance de 3 ans et 4% pour l’échéance de 4 ans en date d’aujourd’hui et qu’un investisseur achète une obligation de 4 ans. Par après, imaginons que les taux augmentent de 1% (partout à travers la courbe) lors de la première année de cet investissement, le titre de cet investisseur aura donc une nouvelle échéance de 3 ans. L’impact de la hausse des taux de 1% sera donc éliminé par l’intervalle de temps qui est passée -1%.

Les débentures corporatives qui n’ont pas de cote de crédit offrent un avantage important à considérer. Lorsqu’une compagnie émet une nouvelle obligation dans le but d’emprunter de l’argent, elle peut engager une tierce partie qui évalue le risque de crédit de cette dernière. Le travail d’émettre une cote de crédit est très dispendieux et il est parfois moins coûteux pour les emprunteurs de payer un intérêt plus élevé en sauvant le coût chargé par S&P, DBRS ou les autres firmes d’évaluation de crédit. On adosse parfois aussi un bon de souscription aux débentures sans cote de crédit qui permet aux investisseurs de profiter d’une éventuelle hausse du prix de l’action de l’émetteur.

Aussi, nous suggérons aux investisseurs de se tourner vers les actions privilégiées. Celles-ci sont intéressantes à plusieurs mesures. Premièrement, les taux des actions privilégiées sont présentement plus élevés que les obligations. Deuxièmement, les actions privilégiées peuvent avoir des clauses de taux flottants et qui se réinitialisent. Ceci a pour effet de faire monter les prix quand les taux montent, contrairement aux obligations. Dernièrement, le revenu courant des actions privilégiées est versé en dividende plutôt qu’en intérêt. Ceci est un avantage important pour les comptes taxables.

Contrairement à acheter une échelle d’échéances obligataires, ces stratégies sont plus compliquées à implémenter et l’appui d’un spécialiste est fortement conseillé. Une diversification extrême est nécessaire pour rendre le risque de crédit que comportent les titres corporatifs négligeable.

Auteur(e)

  • Vincent Fournier, M.Sc., CFA
    Vincent a commencé sa carrière en 1999 et est détenteur de la charte CFA depuis 2004. Il détient un baccalauréat en administration des affaires et une maîtrise en économie. Il est membre du conseil d’administration de l’association CFA Montréal depuis 2005 et y a occupé le poste de président en 2010-11. Vincent s’est joint à l’équipe Claret en 2002.

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